Sornettes de Troyes

Une sottise journalistique au sujet de l'andouillette de Troyes fut pendant quelques années "validée" et propagée sur le web par l'Office de tourisme local. Le ragot, relayées sur le site du Michelin, traîna, ou traîne encore, naïveté blogueuse aidant . Un pigiste du Guide Vert, par ailleurs bien documenté, mais jurant trop vite que toutes les andouillettes dites de Troyes sont "tirées à la ficelle" (faux ! mais c'est une autre histoire), avait repris l' ânerie depuis longtemps colportée, confortée on ne sait pourquoi par une référence erronée à la BnF :
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L’andouillette est née à Troyes, même si elle n’y est plus fabriquée : la plus
ancienne preuve écrite de son existence à Troyes date du « dix-septième jour de septembre 1590 », elle a été retrouvée à la Bibliothèque Nationale de France.
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Le "Discours" auquel il était fait allusion, édité peu après l'événement par Jean Moreau, imprimeur établi à Troyes, relate un épisode de la dernière séquence des guerres de Religion (la ville, qui comptait de nombreux partisans de la Ligue, ne se soumit que tardivement à Henri IV).
Ce récit de l'assaut raté et sanglant lancé le jour de la Saint Lambert par les royalistes qu'entraînait Eustache de Mesgrigny évoque, fugitivement, des ANDOUILLES, délicates, mais certainement bien différentes des "andouillettes de Troyes" actuelles, "véritables" ou non.

Discours "entreprise" Troyes 1

Discours Troyes 2


BnF carte(Si l'on n'a pas la carte de la BnF, recourir à Gallica !)




Au moins le Michelin ne reprenait-il pas la faute typographique reproduite inlassablement sur des sites plus ou moins officiels et dans bien des articles :
"1560 : l'Armée Royale franchit les remparts de TROYES pour reprendre la ville aux Ligueurs, commandés par le Duc de Guise, Gouverneur de Champagne."

Parler de "ligueurs" en 1560, c'était anticiper !
Nous avions suggéré que le 6 de ce 1560 soit tout simplement retourné en 9, ce qui fut entendu par les rénovateurs du site web de l'O.T., sur lequel les "andouillettes" redevinrent judicieusement des "andouilles", comme dans la réalité historique.

Bégaiement historique, guéri
Autre fiction... L'histoire bégaya bizarrement sur l'ancien site web de l'O.T., avec un article fantaisiste sur les andouillettes, dont le mérite principal était de valoriser la maison Lemelle, depuis longtemps et toujours lauréate 5 A (l'association honora dès les années 1990 Gilbert Lemelle, artisan charcutier aubois devenu industriel, grand pro très précurseur).
Reprenant quelque plaisanterie de communicant, le texte évoqua un repas troyen de Louis Le Bègue, petit roi des Francs sans célébrité :
"En l'année 878, Louis II - dit Le Bègue -, s'étant fait couronner "Roy de France" à Troyes, offrit, lors de la disnée, des andouillettes ! "


Cette invention, répétée avec entrain par chroniqueurs et journalistes, inlassablement recopiée, démultipliée sur le web, toujours dénoncée par les "érudits" de la 5A, fut éliminée en 2012, mais il y était encore fait alusion des années après.
Louis II, dont le couronnement avait, effectivement, été confirmé à Troyes lors d'un concile, fut un souverain suffisamment maladif pour qu'on ne l'affligeât pas d'une indigestion d'andouillettes.
louis-II